Fallait-il organiser la COP 28 à Dubaï ?

Alors que la COP 28 a débuté hier dans la première ville des Émirats arabes unis, beaucoup se soulèvent pour dénoncer une opération de "greenwashing" dans un état dont l'économie dépend majoritairement du pétrole. Alors cette COP va-t-elle réellement faire bouger les lignes ?

LES FAITS

C’est quoi la COP ?

La Conférence des Parties (Conference of the Parties) désigne couramment la réunion annuelle des États pour fixer les objectifs climatiques mondiaux. La COP est une forme d’organisation propre à certaines conventions internationales. Dans le domaine de l’environnement, il existe ainsi 3 COP, nées de 3 conventions signées à l’issue du “Sommet de la Terre” de Rio en 1992 : la COP sur la biodiversité, la COP sur la lutte contre la désertification et la COP sur les changements climatiques qui est la plus importante des trois.

Prévue par la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) de 1992, la COP sur les changements climatiques se réunit tous les ans depuis 1995. Ont été signés dans ce cadre le Protocole de Kyoto en 1997 et l’Accord de Paris en 2015. Deux accords considérés comme majeurs dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation des écosystèmes terrestres.

La COP relève donc d’une importance cruciale en matière d’écologie et de mise en place globale de règles et de normes internationales.

Le sommet de Kyoto en 1997 (AFP)Le sommet de Kyoto en 1997 (AFP)

Où se déroule la COP cette année ?

Cette année, la COP se déroule à Dubaï, on l’appelle COP 28. 

Comment est choisie la ville organisatrice de la COP ?

L’organisation des COP dépend d’un principe de rotation géographique. 

  • Chaque année, elle tourne entre les cinq groupes de régions de l’ONU, à savoir l’Europe de l’Ouest, l’Afrique, l’Asie Pacifique, l’Europe de l’Est, l’Amérique Latine et les Caraïbes.

  • Chaque groupe décide en interne quel pays présentera sa candidature à la présidence de la COP.

  • L’agence des Nations unies qui organise les COP chaque année, la CCNUCC, valide ensuite la candidature proposée par le groupe.

  • Initialement, la Corée du Sud avait proposé sa candidature mais s’est désistée en 2021 au profit des Émirats arabes unis (ÉAU) (les deux sont dans le groupe régional Asie Pacifique).

  • De par leurs moyens financiers et leurs infrastructures existantes, les ÉAU semblaient les plus aptes à organiser la COP 28, qui est un événement qui requiert une logistique énorme. 


Dubaï, ville des ÉAU, où se déroule la COP 28.Dubaï, ville des ÉAU, où se déroule la COP 28.

ÇA POSE QUESTION

Dubaï, une ville qui n’est pas neutre (en carbone)

Une Conférence de l’ONU pour le Climat peut-elle se tenir dans un pays qui tire plus de la moitié de ses revenus des énergies fossiles, à savoir le pétrole et le gaz ? Le choix de ce pays hôte, septième réserve mondiale de pétrole, peut surprendre en raison de l’importance de la place des énergies fossiles au sein de son économie.

Le choix de la ville pour trouver des accords pour lutter contre le réchauffement climatique a de quoi faire grincer des dents pour les militants. D’autant que le président de cette COP est aussi le dirigeant d’une compagnie pétrolière. Comment être sûr que les organisateurs de cette rencontre tentent de mettre en place des accords cohérents avec la limitation à +2° d’ici 2100 des accords de Paris ? D’autant qu’une enquête du Centre for Climate Reporting a révélé que le président de cette COP pourrait l’utiliser afin de signer de nouveaux contrats pétroliers.

Pour autant, le fait que Dubaï prenne la tête de cette COP peut aussi être vu positivement. Peu concernés habituellement par les enjeux climatiques, les ÉAU se retrouvent désormais centre du monde pendant plus d’une semaine et vont devoir aborder des questions qui se posent très peu habituellement sur le territoire. Certains y voient là le signe d’une ouverture des pays du golfe et des monarchies pétrolières à la question climatique et l’occasion d’y parler climat. La filière pétrolière étant sérieusement menacée par les enjeux climatiques.

La crise climatique

La planète se réchauffe et les écosystèmes se dégradent.

Le dernier rapport du GIEC a inquiété les militants, associations et citoyens. Nous allons avec certitude vers un réchauffement climatique à +1,5° d’ici 2030.
Et un réchauffement à +1,5° cela ne veut pas seulement dire que la température va augmenter, cela implique une modification profonde des écosystèmes.

Le GIEC alerte aussi sur l’augmentation des risques. Les risques climatiques et non climatiques vont s’aggraver et se multiplier, ce qui rendra leur gestion plus complexe et difficile.


Bilan carbone des États dans le monde

Combien de COP ont débouché sur des mesures impactantes ?

De la COP1 en 1995 à Berlin (Allemagne) à la dernière COP27 de Charm el-Cheikh (Égypte), peu de mesures concrètes ont été prises par les pays signataires et même quand les pays ratifient des accords internationaux, ils ne sont pas toujours respectés. Toutefois, certaines COP ont su se démarquer par l’ampleur des mesures et décisions prises. Elles ne sont que 4.

  • Le protocole de Kyoto en 1997 (COP3). Cette COP représente un premier jalon important et a été marquée par la mise en place d’un protocole visant à réduire de 5,2% les émissions des principaux GES planétaire d’ici à 2012 par rapport au niveau de 1990. Le protocole a été ratifié en 2002 et est entré en vigueur en 2005. 

  • L’accord de Copenhague en 2009 (COP15). Considérée par plusieurs experts comme étant la COP de la dernière chance ou la COP de la prise de conscience, la COP15 a été marquée, d’une part, par l’objectif collectif des pays signataires de la convention de limiter le réchauffement de la planète à +2 °C par rapport à 1850 et, d’autre part, par la mise en place d’une aide annuelle de 100 milliards de dollars entre 2020 et 2025 pour l’action climatique dans les pays en voie de développement.

  • L’accord de Paris en 2015 (COP21). À ce jour considérée comme la COP du climat, elle s’est distinguée par l’engagement de la communauté internationale afin de maintenir le réchauffement climatique (hausse de température) en dessous de +2° C, voire de le limiter à +1,5 °C d’ici à 2100 par rapport à 1850.

  • La COP de Charm el-Cheikh en 2022 (COP27). Si elle est qualifiée d’historique, c’est principalement dû à l’engagement des États signataires de la convention de créer un fonds de pertes et dommages afin de compenser les effets irréversibles des dégâts causés par le changement climatique dans les pays les plus vulnérables.

Le chiffre marquant

4

C’est le nombre de degré Celsius en moyenne qui nous sépare de l’ère glacière

-4°C, cela semble petit et anecdotique. Pourtant, c’est ce qui nous sépare de l’ère glaciaire, il y a 10 000 ans et que l’Europe était couverte de glace. Il est désormais certain que nous allons atteindre +1,5°C d’ici 2030.


Camille Étienne, militante écologiste

Emmanuel Macron, président de la République Française

Sultan Al-Jaber, président de la COP28 et PDG d’un groupe pétrolier

Ce dont nous avons besoin c’est un bond de géant dans le futur, d’une manière qui fasse sens et qui aborde le problème et le monde réel avec des solutions réelles et concrètes.

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Le Crayon - Le débat de la semaine

Par Le Crayon

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